Principe de moindre action

Je me propose dans ce blog de tenter de faire un lien entre coaching et sciences. Il me semble en effet que le domaine du coaching gagnerait à s’inspirer de celui des sciences et en particulier physique et mathématique. Cela permettrait sans doute de contribuer à son progrès et à son efficacité.

Dans le domaine du coaching des modèles existent, des heuristiques, des outils… Pourtant il manque à mon avis une base plus théorique qui s’appuierait sur les sciences précitées. A noter que le grand psychothérapeute Paul Watzlawick avait déjà fait un lien entre l’étude d’un (système) humain et des notions mathématiques : dans son livre « Changements » il fait une analogie entre le changement 1 de la systémique (changement qui ne remet pas en cause la structure du système) et la notion de groupe d’une part, ainsi qu’entre le changement 2 (changement qui porte sur la structure du système) et la notion de type logique d’autre part.

Bien sûr, je ne prétends pas élaborer une quelconque théorie mais simplement chercher des modèles dans ces sciences qui pourraient donner lieu à des « analogies inspirantes » dans le domaine du coaching. Ensuite il faudrait sans doute aller plus loin, mais bon ça risquerait de prendre un peu de temps 🙂 …

Commençons dans cet article par le principe de moindre action.

C’est un principe fondamental en physique, remarquable par sa simplicité et par le fait qu’il semble être le dénominateur commun à toutes les lois de la physique : en effet, ce principe peut être utilisé pour retrouver les lois de la physique dans tous les domaines : mécanique classique, électromagnétisme, relativité générale, mécanique quantique !

Que dit le principe de moindre action ? Historiquement, il a été formulé par Maupertuis au 18ième siècle pour la mécanique : « Voici ce principe, si sage, si digne de l’Être suprême : lorsqu’il arrive quelque changement dans la Nature, la quantité d’Action(1) employée pour ce changement est toujours la plus petite qu’il soit possible. » Par exemple en mécanique, cela signifie que pour relier 2 points, un corps suit le trajet qui lui permet de dépenser le moins d’énergie à chaque instant. En optique géométrique, comme énoncé par Fermat il implique que la lumière se propage d’un point à un autre sur des trajectoires telles que la durée du parcours soit localement minimale (donc en ligne droite dans un milieu homogène). En relativité générale, ce principe se traduit par le fait que la particule suit le trajet le plus court dans l’espace-temps courbé par la matière…

Extrapolons ce principe :

On peut voir une forte analogie avec la sagesse taoïste qui prône une action minimale pour une efficacité maximale. On peut voir aussi des analogies avec le geste quasi parfait du sportif de haut niveau qui optimise la quantité d’effort pour atteindre le résultat optimal : aucun effort superflu, aucune dépense d’énergie inutile dans le geste du champion de tennis qu’est Roger Federer ! De même dans le principe du Judo à savoir utiliser l’énergie de l’adversaire pour le faire tomber en dépensant une énergie minimale.

En entreprise, on le retrouve dans les pratiques Lean & Agile qui cherchent à minimiser tout gaspillage d’énergie : chaque action ne trouve sa justification que dans sa « valeur ajoutée » et dans son caractère optimal. Par exemple dans la méthode Agile le fait de procéder à de nombreuses itérations (sur les tâches, le produit, le process) permet d’avoir un feedback aussi rapide que possible et ainsi corriger en permanence la trajectoire du projet en ne lui permettant pas de dévier.

On voit que ce principe physique a une forte résonance dans le monde vivant.

Et en coaching ?

Je vois plusieurs implications possibles :

  • Un coaching ne devrait pas être trop long (ordre de grandeur : la dizaine de séances)
  • De même une séance de coaching ne devrait pas durer trop longtemps
  • Le coach ne devrait pas avoir à connaître « plus que nécessaire » sur le contenu du problème du client. A partir d’un certain moment, les informations supplémentaires n’apportent rien au coaching et sont plutôt contre-productives, risquant de « noyer le poisson »
  • Le coach devrait intervenir de façon sobre. Une seule question, un seul mot pouvant avoir un impact fort pour le coaché, là où une longue discussion n’apporterait pas de changement.
  • L’importance de coller à la réalité, c’est-à-dire d’utiliser un vocabulaire concret, au plus proche des faits et non pas trop abstrait : on peut y voir une analogie de « plus court chemin » vers la réalité. Parler en termes abstraits ne fait que s’éloigner de la réalité dans le sens où l’écart entre le mot et la chose est plus grand(2). Sachant que le propre du coaching est de permettre la remise en cause de « sa réalité » on comprend l’importance de ce point.

Certes, tout ce qui est avancé ici n’est pas nouveau et est partagé par les différentes écoles de coaching. Il n’en demeure pas moins qu’il est intéressant de voir qu’on peut faire un lien entre ces pratiques et le principe de moindre action.

D’autres idées d’analogie ?

(1) L’action est définie comme le produit de l’énergie dépensée par le temps
(2) Voir à ce sujet la « Sémantique générale » de Alfred Korzybski

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